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Spartacus (1960)

En lui proposant de remplacer au pied levé Anthony Mann à la réalisation de Spartacus, Kirk Douglas tirait Stanley Kubrick d’une fort mauvaise passe. Au chômage depuis deux ans le jeune metteur en scène venait de se faire débarquer par Marlon Brando de La vengeance aux deux visages (One-eyed Jacks) après plusieurs mois de travail sur le scénario. "J’ai proposé le film à Stanley un vendredi, et le lundi il était sur le plateau", raconte Douglas dans son autobiographie Le fils du chiffonnier.
Il n’en demeure pas moins que le tournage de ce péplum allait se révéler pour Kubrick une perpétuelle source de compromis. Habitué jusque-là aux budgets modestes, il se retrouve brutalement aux commandes d’une des productions les plus couteuses de son époque. D’ordinaire seul à décider, il est ici soumis aux caprices de son acteur-producteur. Enfin, co-scénariste de tous ses films depuis Fear and desire, il doit cette fois tourner un scénario sur lequel il n’a pas eu son mot à dire. "Mon principal problème sur Spartacus, confira Kubrick à Michel Ciment, c’est que j’avais un scénario bête". Son principal problème était plutôt de faire un film sur un personnage qui ne lui correspondait en rien. Car on ne peut imaginer de héros plus anti-kubrickien qu’un esclave se libérant de ses chaînes par la seule force de sa volonté.
Spartacus n’en demeure pas moins un tournant important dans la carrière de son réalisateur. Il marque le début de son indépendance artistique et financière. Pour son film suivant, Kubrick s’exilera en Angleterre et ne reviendra jamais à Hollywood.
En réalisant un film sur la révolte d’un esclave, Stanley Kubrick s’affranchit lui-même du système des studios. A partir de cette date, il sera seul maître à bord.
Laurent Vachaud

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