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Lolita (1962)

"Comment a t-on osé faire un film de Lolita ?" demandait l’affiche du film. En dépassant l’anecdote pédophile du roman de Nabokov et en montrant le vrai scandale : la vieille Europe, cultivée mais exsangue, tente de reprendre du poil de la bête au contact de la juvénile, inculte et tentante Amérique, et s’y perd car elle n’est pas plus moderne. Kubrick, dont on pourrait penser qu’il a épuisé tous les genres, n’en a au fond traité qu’un seul : la proche anticipation. Le metteur en scène monte donc un petit théâtre féroce ou les marionnettes se meuvent au sein d’un décor absurde, réactionnaire et grotesque. L’Amérique, que Kubrick est en train de quitter pour la vieille Angleterre, est le vrai sujet de la mise en scène ironique et exaspérée, étrangère à toute compassion- on se surprend à l’espérer jusqu’à la fin, en vain. Tous ces gens baignent dans la folie. Mais pas une folie romanesque ou romantique, pas même celle , toute supposée ou légendaire, de Kubrick. La folie, la vraie, la maladie, qui a gagné la société, qui est la société.
Jean Baptiste Morain

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