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Full metal jacket (1987)

Le plus grand contresens que l’on puisse faire à propos de Full metal jacket est justement de le prendre pour ce qu’il n’est pas : un film sur la guerre du Vietnam. Car contrairement à Coppola, Cimino ou Olivier Stone, Kubrick livrait un espace mental, vidé de son exotisme, comparable en bien des points au labyrinthe de Shining ou aux galaxies de 2001.
En ouvrant son film sur des Marines en train de se faire tondre avant d’affronter leur sergent instructeur, Kubrick avait pourtant désigné le vrai sujet de Full metal jacket : le conditionnement, la déshumanisation. Le traitement de choc subi par ces jeunes que l’on dresse pour devenir des tueurs n’a pas grand chose à envier à celui qui Malcolm McDowell de son libre arbitre dans Orange mécanique. Dans les deux films, le lavage de cerveau préfigure un dysfonctionnement. Ce qui frappe le plus dans ce film étrange, c’est la structure de son scénario. A un premier tiers extrêmement rythmé, consacré à l’apprentissage de la violence, succède une deuxième partie ou le récit s’arrête. Tout enjeu dramatique disparait. Les personnages ne sont plus que des pions qui attendent qu’on les utilise et la caméra se borne à enregistrer leur frustration. La troisième partie, aussi rythmée que la première, montre alors leur marche vers l’anéantissement. 2001 n’était pas structuré autrement.
Dans le scénario original, le personnage du narrateur, Joker, incarné par Matthew Modine, mourait, tué par une balle perdue. A la première minute Kubrick choisit d’épargner son narrateur. Et, curieusement, l’effet produit est encore plus dévastateur.
"Paint it black" chantent les Stones sur le générique de fin. On ne peut pas faire plus noir que Full metal jacket .
Laurent Vachaud

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